Hommage à DA – Vakxikon.gr #35

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Vakxikon.gr est une plate-forme numérique [qui publie des livres papier et numériques, un magazine littéraire ainsi qu’une webradio] et une librairie physique à Athènes, en Grèce. Le no 35 du magazine en ligne vakxikon.gr est entièrement dédié à l’œuvre de Démosthène Agrafiotis. Cette édition spéciale présente les multiples facettes de l’artiste et inclut des textes et des hommages de ses collègues artistes et collaborateurs. Elle célèbre également les éditions papier et numériques du « The Chinese Notebook » [en, cn] et de « e-Manuzio » [el].

Le contenu de ce numéro est en grec ou en anglais/français avec traduction en grec.

 

Critique de livre « Para-mis reconnaissance: 4 essais sur C. A. Doxiadis »

Konstantinos R. Pertsemlidis (2012): Misrecognition: 4 Essays on C. A. Doxiadis, International Journal of Environmental Studies, DOI:10.1080/00207233.2012.699377 Lire l’article en anglais.

Auxeméry

Toute la pratique poétique d’Agrafiotis, mais aussi bien son activité de plasticien, part d’une reconsidération du processus de production du poème, comme de l’œuvre à caractère pictural, et des codes qui en conditionnent  l’agencement.  La poésie, ainsi, « s’applique-t-elle à explorer le sens et le non-sens, et s’efforce-t-elle d’intégrer différents modes d’énonciation et d’expression.  « Sur la page, le souci majeur n’est plus d’agir à sens (ou, non-sens) unique, mais de mettre l’accent sur la « discontinuité » du discours, ouvrant alors le regard a une polysémie totalement ouverte. Démosthène Agrafiotis poursuit son activité de poète-plasticien, sur une trajectoire dont les « paradoxes » et les « contradictions » lui semblent venir de sa nature topographiquement et historiquement très diverse, dans des « situations socioculturelles contrastées » : enfance dans la société grecque traditionnelle, passage par la capitale hellénique, traversée vers l’Amérique du Nord à l’apogée des sixties, retour a Athènes sous la dictature des Colonels, long séjour parisien, puis fixation a Athènes avec fréquents voyages en Asie et en Europe… Démosthène Agrafiotis, « Epigraphies », Editions Virgile, Collection : Ulysse Fin de Siècle, Dijon, France, 2003, p. 15-16.

Un langue ideágrafiotis

Le parcours de Démosthène Agrafiotis est une ligne droite déviante.  Du blanc qui forme le plein, crée le volume de lignes fragmentaires, il fait un signifiant visuel.  Très tôt, Agrafiotis fut un archéologue de la langue.  Il la creuse, en extirpe des formes, les analyse dépouillées, nettoyées.  Il cherche avec une précision scientifique.  Epigraphies est une sorte de carnet de fouilles.  Son terrain d’exploration est « l’utopie ».  Un lieu sans lieu, un partout nulle part, un ici-maintenant.  Il en rend compte en alignant des formes qui prendraient sens grâce a l’histoire de la langue et de la sienne propre.  Epigraphies serait donc un relève d’inscriptions, « objet-poème » a écrit J.-P. Auxeméry, dans sa préface.  Des signes, des mots, « matière première du langage » dit Agrafiotis, dont l’alignement, la succession produit une langue, mélange de civilisation moderne, de communication et de littérature.  Une langue agrafotienne, en somme.

Véronique Vassiliou Démosthène Agrafiotis, « Epigraphies » Editions Virgile, Ulysse Fin de Siècle, 2003. CCP Cahier critique de poésie centre international de poésie, Marseille, Editions Farrago 7, 2003/1, 2004

Le temps et les champs de cerises

Démosthène Agrafiotis n’est pas un poète classique. Il n’aime pas les systèmes et le visible de ses poèmes, sur la page en fragments de longueurs et formes diverses, reflète toute sa démarche. On va de la poésie à l’image et aux arts plastiques, à la sonorité et retour à la poésie. On passe de la célébration éblouie ou angoissée à la rage.   Le dispositif d’écriture de Démosthène Agrafiotis, quel est-il ? Comment est-il fait ? Pas de système, donc pas de formalisation, mais une recherche, une certaine organisation de la pensée. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la question centrale reste la poésie dans l’étincelle que déclenche une tentative de lecture qu’il ne peut faire que poétique.   D. A. habite une langue, «le grec», en locataire difficile tant on est loin du grec des poètes Seferis ou Elytis. Chez lui, nous prenons connaissance de la poésie par la vue, par l’ouïe, mais ce donné sensoriel n’est pas proposé comme tel : il a subi des transformations. Il semble à l’écoute de signes pour déchiffrer le monde dans lequel l’art paraît douter en cela de la puissance du langage à dire le réel, d’où sa tentative originale pour le forcer. Ce réel qui, quand il nous saute au visage, suspend la domination et qu’il faut bien écrire avec ce qui est en suspens dans la langue. D. A. explore le monde avec la conviction qu’il n’est pas amorphe et qu’il a à dire ce qu’il recèle. Mais il reste la question de mettre en mots ce désir. On peut saisir quelques pistes. D’abord, ce n’est pas une poésie qui chante, pas davantage qu’elle ne cherche a plaire ; elle témoignerait plutôt, interrogerait, et puis c’est l’espace de la page qui détermine le déploiement de la substance-mot. La façon dont D.A. met en espace ses poèmes, que signifie-t-elle ? Qu’est-ce que c’est ? Faut-il aller chercher du côté de ses voyages à l’étranger du fait que, loin de la tradition hellénique, c’est vers d’autres civilisations portées à la calligraphie qu’il est allé ? Par ailleurs, les poèmes de D. A. nous donnent ce qu’il y a de l’excédent du poème, ce qui n’est pas seulement de l’ordre du sens, mais qui ne se veut pas non plus l’autre sens. Sa poésie, je cite «chercher à établir des connexions, à provoquer une multiplicité d’espaces, de niveaux, de territoires, d’arrangements, d’intersections, de fissures». Mais il faut bien en revenir aux mots avec leurs arrangements; leur signification détournée, désarticulée et, pour conclure, voici la définition qu’en donne le poète.   «je peux définir les mots comme explosion du silence comme écho de l’attente lacune ouverte de l’action molécules d’avenir ou révélation du je dans la durée successive.» Traduction E. Hocquard “Déviations” Les Cahiers de Royaumont, Paris, 1991, p. 9   Sabine ATLAN Festival : Le temps des cerises / Colombières-sur-Orbe, Juin 2004 [Remerciements à Nadine Agostini pour son aide, concernant la mise en forme finale du texte].

Michel Arouimi

Cher ami, j’ai beaucoup aimé votre recueil « Ou,i » que vous m’avez offert à Mulhouse. En particulier le poème page 58 et d’autres qui me font penser aux Veillées de Rimbaud, mais en très elliptique. Une fête pour l’esprit.Je ne peux vous offrir mon nouveau recueil, dont voici l’annonce. J’espère que vous lui ferez bon acceuil, même si le style est éloigné du votre.Avec mon meilleur souvenir.

Cahier critique de poésie

D’une écriture à trous, presque blanche, « condensation/coordonnées », les passages sont innombrables, à travers le livre, les mots plutôt conceptuels, difficile d’en parler d’une façon univoque — au centre invisible le temps et la question du langage.

Démosthène Agrafiotis – “Ou,i”, Editions de l’Attente, 2004, 68 p. Sur le site http://serialpoet.eu/pages/theoriques/ccp.html

Lena Kokkini

« Ma lagune, c’est mon monde » écrit le philosophe autrichien, Wittgenstein, une phrase qui, d’une certain manière, étend ses racines depuis les temps pré-homériques jusqu’aux jours de notre avenir. Dans le perpétuel mouvement dialectique des contraires, aucune expression humaine n’a autant de force que le mot (logos) et l’écriture, eu égard à la musicalité, au désir de communiquer qui les habitent, que ce soit au niveau collectif ou individuel. Chercheur, poète, plasticien, figure marquante de la poésie visuelle, grecque et internationale, Démosthène Agrafiotis, dans cette exposition individuelle intitulée « Alphabets, de ciel, de terre. Envolée célestes, retombée sur terre » crée onze œuvres, venant avec l’une d’elles clore un cycle qui, dans son travail, pourrait tout aussi bien en inaugurer un nouveau. Cette œuvre fait référence a une phrase du discours prononce par Abraham Lincoln au cimetière de Gettysburg, à propos des victimes de la guerre civile, discours-clé pour la démocratie à l’ américaine.

Dr. Lena Kokkini Historienne d’ Art, 2003

Clinamen

Présente, la Grèce l’etait avec le très actif Démosthène Agrafiotis. Auteur, peintre, photographie, il anime et édite la revue Clinamen (déviation) et ses livres dérivés. Ses activités reposent sur le concept d’interchangeabilité des techniques, langages, expériences… » véritable champ de mise à l’épreuve des différentes possibilités artistiques ».

 Art + Metiers Du Livre, No 193, (9/10/1996)

Biennale du livre d’artiste à Saint-Yrieix

La biennale du livre d’artiste qui se déroulait jusqu’à présent à Uzerche, a pris possession hier de ses nouveaux locaux en terre arédienne. Manifestement, les artistes, les auteurs et les éditeurs se sentent bien à Saint-Yrieix. Selon les organisateurs , les participants et les habitants prennent plaisir à faire salon. Difficile, lorsqu’on ne connait pas Saint-Yrieix, de trouver le salon du livre d’artiste. Les panneaux inexistants ou mal placés, incitent les amateurs à mener une petite enquête qui les conduira, au bout de vingt bonnes minutes à l’école Jules-Ferry, au fond de la cour à gauche. C’est la que sont rassemblés jusqu’à lundi une quarantaine d’éditeurs, des élèves des écoles d’art et une quinzaine d’artistes. Une douzaine de pays ont tenu à participer à ces rencontres limousines très réputées, si on en croit le grec Démosthène Agrafiotis. Ce dernier, qui prétend être le pionnier du livre d’artiste en Grèce, participe généralement a toutes les foires et salons. It était impensable pour lui de ne pas participer au salon du livre d’artiste en Limousin dont la réputation n’est plus à faire. Et Démosthène Agrafiotis n’est pas déçu du voyage. Il est fascine par la qualité et la richesse de cette foire du livre d’artiste.

 DEVIATION

 Créateur de la revue « Clinamen » (« déviation » en grec), Démosthène donne la parole aux artistes comme aux non artistes. Composé de quatre pages, ce bulletin est lu et consulté par 300 destinataires (200 en Grèce et 100 à l’étranger). Il publie également des poèmes, illutres par des photographes ou des peintres, « Dialytica » para exemple, sa première œuvre de la collection « Clinamen », a été compose, à la main par Emile Kaliakatsos. De Paris à Berlin, en passant par Marseille, Démosthène, disciple d’Epicure, démontre que le monde est une accumulation d’atomes déviés. Il promène également son alphabet qui sous son pinceau revêt un aspect esthétique. Témoin des expériences éditoriales actuelles, signes de la vivacité de la création contemporaine en Europe, le salon de Saint-Yrieix brise les idées préconçues. En effet, le livre d’artiste ne concerne pas une minorité.

 J.-F.J 4/5/1995 Centre France/ Dimanche [Populaire – Montagne]

Emmanuel Hocquard

Tout en s’inscrivant dans le réel, tout en revendiquant la réalité des choses et des mots tels qu’ils existent pour nous et autour de nous, Démosthène Agrafiotis cherche à établir des « connexions », à provoquer « une multiplicité d’espaces, de niveaux, de territoires, d’arrangements, d’intersections, de fissures » qui font voler en éclats l’ancien topos pour lui substituer  un non-lieu par définition (ou-topos), une utopie qui naît de déplacements, de déviations, souvent minimes. « Deviations », Les Cahiers de Royanmont, Paris, France, 1991, (page 8)

Mikel Dufrenne

Agrafiotis dit bien que « la poésie moderne a pour ambition d’éliminer la séparation traditionnelle entre l’écriture et la lecture […] ; le lecteur […] se voit contraint par le poème de construire son texte, avec ce matériau que lui offre le poème, les mots, disposés de façon surprenante sur l’espace de la page. Ici encore, le récepteur est invite à « imiter » le créateur.

Ce créateur, nous le voyons maintenant convertir le poème en objet plastique ; il ne s’agit plus d’associer poétique et pictural, mais à la limite de les identifier. S’ils restent encore distincts, c’est sans que la peinture garde ses distances et se limite a illustrer le texte ; bien plutôt s’efforce -t-elle de rentrer en lui. Ainsi dans l’œuvre du poète grec que nous venons de citer, et qui est aussi un peintre, la peinture –sortes de bandes toujours verticales, du haut en bas de la page, à l’encre noire, formées de taches compactes, alternant avec des plages plus légères, presque transparentes selon que le pinceau s’écrase ou ne projette que des gouttes – revendique rarement une page pour elle – même ; elle est le plus souvent à côté du texte. Le texte aussi a une figure plastique : toujours très court, il tient en quelques lignes plus ou moins espacées et parfois coupées elles-mêmes de blancs ; ainsi cette première page de Dialytika (traduit du grec par G. Pierrat) :

 (affliction préhistorique)

recroquevillé dans une coquille transparente indifférent aux connaissances aux usages à peine si je bouge pour les distances l’évacuation des images à la grande drague.

Même s’il bouge à peine, replié sur lui-même (qui, il ? le poète ? le poème ?), l’œil bouge, la lecture avance vers le futur du livre (la préhistoire étant mise entre parenthèses), et il lui faut recomposer l’ensemble selon que parfois, d’un hai kai a l’autre, un mot, une image se font écho. Ce travail interroge aussi la peinture ; ces bandes, selon leur fonction propre et le jeu des valeurs qu’ elles mettent en scène, il faut leur chercher une fonction dans le poème : sont-elles des liens ou des clôtures – ouvertes ou fermées ? Livrent – elles jamais leur sens ? En tout cas, loin d’illustrer un sens déjà signifié par du signifiant linguistique, ou simplement de décorer ce signifiant, elles ont part au sens de l’œuvre, comme la figure au texte. Pourtant, quand le pictural s’introduit dans le poétique, ce sens ne se révèle qu’en se cachant ; pris dans l’épaisseur du visible, sa discursivité s’altère, il s’opacifie. Ce qui importe alors n’est pas de délivrer un message univoque, mais de vivre et de donner à vivre de l’intensité. A la chinoise, mais avec d’autres moyens, d’autres instruments : plus de pinceau, ce pinceau dont le maniement requit d’avoir accède à la sagesse, mais une plume qui n’en demande peut-être pas tant, mais qui engage tout de même un Michaux dans d’étranges aventures, et aussi l’imprimerie qui produit le livre. Car le poète n’est pas indifférent a cet « objet » et a sa fabrication ; lorsque la page n’est plus pour lui un support neutre et comme anonyme destiné à des signes linguistiques, mais le lieu enchanté du visible, il peut apporter au choix du papier, aux caractères, à la disposition typographique, le même soin que le poète chinois à la calligraphie ; sans rassembler et engager aussi parfaitement toute sa personne dans un geste, bien sur, il fait au moins droit au visible qui porte le sens. « L’ œil et l’oreille », Editions Jean-Michel Place, 1991.

TIERCE – PLUS SUD

pour Anne Slacik et Démosthène Agrafiotis

1-3 août 2007

dA dans la revue Images

évoria (pt)


dA en Chine